Le jour où j’ai joué au musher au Yukon

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Si on m’avait dit qu’un jour je serais aux commandes d’un traîneau à chiens au Yukon, je serais probablement partie à rire. Je ne suis pas la fille la plus fan de l’hiver et encore moins des sports hivernaux. Cependant, mes voyages récents m’ont ouvert les yeux sur toutes les possibilités que la neige et le froid nous offrent. J’ai expérimenté tellement de choses depuis deux ans. Que ce soit la descente de montagne en raquettes par vortex polaire au Québec ou encore de la motoneige dans l’Est canadien, ces aventures m’ont donné envie d’en faire plus.

C’est d’ailleurs avec Sky High Wilderness Ranch, situé à moins de 30 minutes de Whitehorse, que j’ai vécu une expérience hivernale qui, personnellement, m’a complètement bouleversée. Glisser à vive allure sur un lac gelé entouré de montagnes aux sommets enneigés, tout en contrôlant mon petit bolide tiré par de vaillantes bêtes qui aboient d’excitation à l’idée de gambader dans la nature brute, m’a fait vibrer. Taco, Sneezy, Bannique et Diamond, auxquels s’ajoutera Tchoupi au deuxième jour de cette aventure, m’ont fait vivre des émotions auxquelles je ne m’attendais point.

« Je vous avertis, le traîneau à chiens, c’est physique », nous dit fermement mais avec bienveillance Tanguy Citron, mon guide musher qui m’apprendra pendant deux jours à faire du traîneau. Mon cœur s’emballe à ces mots. Une petite panique s’installe. Physique… ouf. Je ne suis pas la plus sportive au monde. Serai-je capable de diriger, courir et naviguer à moins 30 sans ralentir la cadence du groupe ? J’ai peur. Très peur.

Devant le formulaire de décharge que je remplis avec la peur au ventre, je doute fortement d’être en mesure de faire l’activité. Heureusement pour moi, mon orgueil est souvent plus fort que mes peurs et j’ai signé le tout en me disant : advienne que pourra.

Il faut dire aussi que je ne suis pas une grande fan des chiens. Ils me font parfois trembler. Petite frayeur ancrée en moi depuis quelques incidents de morsures graves dans ma famille. Alors imaginez mon désarroi lorsqu’on m’annonce que je dois aller les chercher un à un dans leur niche, les atteler et m’assurer de leur bien-être avant et après la promenade. C’est avec une confiance presque absente, au jour 1, que j’allais déplacer chacun des chiens, à bout de souffle, vers le traîneau et leur enfiler leur harnais avec un peu, beaucoup, d’hésitation. Je me disais : mais comment vais-je survivre à cette expérience ?

Je respire un grand coup, ravale presque une larme et je me rappelle que je suis au Yukon, ce territoire canadien dont je rêve de fouler le sol depuis longtemps. Ça va aller, Nancy, un pas à la fois. Il faut aussi que j’avoue avoir fait ma « finfinette » lors du choix de mon équipe de chiens.

Je me rappelle encore entendre mon guide me dire : « Attention à Taco, c’est un petit maudit. Il mange toujours son harnais. Il faut le surveiller. Es-tu certaine de vouloir prendre ce groupe de chiens ? Ce ne sont pas les plus faciles. » Je rigole en faisant ma fière et je dis : « Hey, il y a Taco et Bannique dans le lot. C’est beaucoup trop parfait pour une blogueuse bouffe. Je n’ai pas peur » (ce qui était évidemment totalement faux).

En voilà un autre défi à relever cette journée-là ! Je n’avais même pas commencé que la pensée de refaire cet exercice le lendemain me hantait déjà. Et… puis… arriva ce qui devait arriver.

Je me surprends à adorer cajoler mes petits chiens comme s’ils étaient les miens. Après tout, ils allaient me tirer dans la neige avec une force herculéenne sans rien demander en retour… si ce n’est que quelques tasses bien garnies de bouillon à la viande au retour. Mes propres enfants seraient surpris de savoir que j’ai même laissé le chien de Tanguy me lécher le visage sans rechigner. Le Yukon me transformait déjà.

Je vous le dis, j’ai tout aimé de cette expérience parce qu’on y participe pleinement. On ne fait pas que s’asseoir et regarder le paysage défiler. On force. On freine. On court. On nourrit. On attache. On conduit. On aide. On fait équipe.

Je pense sincèrement que c’est la meilleure façon de comprendre l’essence de ce sport de glisse nordique. Sans aucun doute l’un de mes moments préférés de ce voyage. Assez remarquable pour que je me promette un jour de tenter l’expérience d’une randonnée encore plus grande et plus longue.

Après tout, mon guide l’a dit après la 2e balade : « Nancy, tu as été parfaite. » Même si je n’ai conduit que quelques heures sur deux jours, mon cerveau et mon cœur en redemandent déjà.

C’est qu’en fait, l’expérience et la justesse des enseignements prodigués par les guides de Sky High Wilderness Ranch sont incroyables. Ce n’est pas que du tourisme à la va-vite. C’est de l’éducation et surtout un respect de l’animal qui va bien au-delà de ce que l’on peut imaginer.

Ici, ce sont plus de 120 chiens qui sont soignés aux petits oignons. C’est une aventure qui montre au participant comment s’engager dans le processus et respecter ces petites forces de la nature que sont les chiens de traîneau. C’est une activité qui permet de s’immerger complètement dans ce décor hors de ce monde en se promenant à travers des sentiers diversifiés, tous aussi splendides les uns que les autres.

C’est s’arrêter au pied des montagnes pour luncher les deux fesses dans la neige tout en savourant une saucisse de bison et en respirant l’air pur et frais. C’est revenir au brut, au beau, au silence, au merveilleux.

Je ne me lasserai jamais de dire à qui veut bien l’entendre que le Yukon, c’est magique et qu’il faut faire taire nos peurs et tenter l’expérience. Je crois sincèrement que cette destination devrait se retrouver sur toutes les listes de voyages à faire au moins une fois dans sa vie.

Je t’invite d’ailleurs à lire ces deux textes qui te convaincront de réserver ton billet d’avion pour l’hiver prochain.

Décharge : J’ai été accueillie à titre gracieux par l’Association franco-yukonnaise. Les textes présentés n’ont fait l’objet d’aucune révision de leur part. Les opinions exprimées et les écrits publiés relèvent exclusivement de ma responsabilité et n’engagent que moi.

Publié le 18 avril 2026
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