Le Yukon : la balade des femmes courageuses

Tourisme

Yukon voyage traineau à chiens musher Canada voyage Cinq Fourchettes travel

Le vent me pique les joues, mes cils et mes cheveux sont givrés et je suis devant un spectacle qui me coupe le souffle. Les montagnes s’étirent au loin et la brume s’élève au-dessus de la Yukon River. J’écoute avec attention Amber Bérard Althouse me raconter l’histoire de son territoire, celui que je qualifierai plus tard de Territoire des géants et du tout petit.

Amber nous raconte que sa terre natale, celle des Tlingit, une Première Nation de la région de Kluane, abrite le plus grand glacier terrestre au monde après l’Arctique et l’Antarctique, et que Mount Logan, la plus haute montagne du Canada, y siège avec noblesse et fierté. Ses mots sont justes, déroutants et touchants. Son savoir se transmet avec douceur et bienveillance. Avoir Amber comme guide, c’est comprendre énormément de choses, autant à travers ses histoires que par ses connaissances géographiques, historiques et botaniques. Son thé boréal me hante encore.

Elle parle de sa terre comme d’un ami fidèle dont il faut prendre soin. Ces mots me feront verser quelques larmes : This is an untouched land that is taken care of. En quelques mots, tout le Yukon se résume là. Une terre vaste et grandiose sur laquelle vivent de véritables passionnés de cette contrée. Ici, on arrive d’ailleurs souvent en touriste. On ne repart presque jamais. Ce sont les mots de plusieurs Yukonnaises que j’ai rencontrées.

Quoique je trouve les 40 000 Yukonnais et Yukonnaises profondément courageux de vivre dans un territoire aussi froid où les hivers, avares de lumière, nous créent parfois des lacunes en vitamine SOLEIL, je comprends parfaitement pourquoi on tombe en amour avec cet endroit et pourquoi certains ne veulent plus jamais partir. Plus particulièrement ces femmes admirables, inventives et courageuses que j’ai eu la chance de rencontrer.

La québécoise Roxanne Tanase-Mason, une femme extraordinaire avec qui il fait bon s’asseoir pour discuter est aux commandes du sublime Mount Logan Ecolodge situé au cœur du Parc national et réserve de parc national de Kluane. Son parcours est tellement incroyable et ses histoires rocambolesques. J’aurais pris quelques nuits supplémentaires pour jaser avec elle.

Un véritable coup de cœur pour moi. Le lodge qu’elle dirige avec brio respire le bien-être, le confort et invite à ralentir, vraiment à ralentir. C’est à cet endroit que j’ai pu voir mes premières aurores boréales et j’en suis encore tout chamboulé.

 L’expérience vécu aux côtés de Roxie a été sublimé par ses paroles douces, ses explications ainsi que son cœur pur qui se laisse toujours porter par la beauté de ce qui l’entoure. Guide aguerrie, elle pourra aussi vous montrer du paysage selon vos capacités physiques en plus de vous nourrir le ventre des plats incroyables concoctés par sa chef.

Le Mount Logan Lodge est sans conteste pour moi, en top de liste où se poser au Yukon. C’est une expérience enrichissante et complète qui vous enchantera tout autant que sa propriétaire.

De gauche à droite :  Sarah – Maya – Marie-Stéphanie – Kayléanne – Miléna

Il y a des personnes qui arrivent au Yukon comme on arrive dans un rêve un peu fou… et qui finissent par y bâtir une vie, une mission, un ancrage profond. Des femmes qui ont choisi ce territoire rude et magnifique, et qui, chacune à leur façon, en façonnent aujourd’hui le visage.

Miléna, arrivée de France en 2012, cofonde Terre Boréale avec Maxime, son mari. Elle découvre ici un territoire qui te remet à ta juste place, dans le meilleur sens du terme. Avec Terre Boréale, elle participe à créer une autre façon de voyager au Yukon : plus lente, plus consciente, plus respectueuse. Elle promeut aussi le voyage en solo au féminin sur les terres infinies du Yukon, au sein de groupes organisés entre femmes. Avec elle, on ne choisit pas l’ours, on choisit l’aventure dans un environnement sain et sécuritaire.

Dans cette même relation intime au territoire, Maya Poirier, native de Whitehorse, a grandi avec la nature comme terrain de jeu et d’apprentissage. Camping, canot, chevaux, vie en plein air… très tôt, elle développe un lien instinctif avec son environnement. Formée et engagée dans différentes pratiques liées à la nature et à la chasse éthique, elle évolue aujourd’hui entre le terrain, l’éducation et la transmission des savoirs.

Elle participe notamment à des initiatives liées à l’éducation aux pratiques et à l’éthique de la chasse auprès du gouvernement du Yukon, tout en partageant ses connaissances avec différentes communautés, dont les francophones et les femmes. Elle est aussi Canadian Ranger, un rôle qui s’inscrit naturellement dans son rapport au territoire. Avec elle, le Yukon ne se visite pas : il se comprend, il se respecte, il se vit. Chaque sortie devient une immersion, chaque paysage une leçon d’humilité le tout avec l’énergie contagieuse qu’on lui connait.

Un peu plus loin dans cette même dynamique de lien profond avec la terre, Sarah Ouellette arrive en 2012 et tombe rapidement en amour avec le nord de Whitehorse, ses valeurs et sa liberté. De cette rencontre naît Sarah’s Harvest, un jardin maraîcher biologique qui défie presque la logique dans un climat aussi exigeant.

En 2019, elle est nommée fermière de l’année du Yukon, une reconnaissance bien méritée pour celle qui réussit à faire pousser des légumes là où la saison est courte, mais l’engagement immense. Elle a aussi participé à plusieurs reprises à la Yukon River Quest, une course en canot mythique entre Whitehorse et Dawson, preuve que son énergie dépasse largement les rangs de son potager. À travers son travail, elle nourrit bien plus que des paniers de légumes : elle nourrit une communauté, un lien au territoire, une idée du local qui prend tout son sens dans le Nord.

Puis il y a Marie-Stéphanie Gasse, arrivée du Québec en 1998, d’abord comme guide de rafting sur le fleuve Yukon, attirée par l’aventure et par l’envie d’apprendre l’anglais. Le territoire la séduit, doucement mais profondément, jusqu’à devenir son lieu de vie. Elle vivra aussi pendant près de 10 ans en mode off-grid , ancrée dans une relation directe au territoire. Au fil des années, son engagement se déplace vers les gens : elle travaille pendant plus de 15 ans comme conseillère auprès des familles et s’implique activement dans la communauté francophone et auprès des femmes. Son parcours est celui d’un enracinement lent mais solide, où le Yukon devient bien plus qu’un décor : un espace de vie, d’engagement et de contribution humaine.

Et puis il y a Kayléanne Leclerc, arrivée en 2022 pour un stage de trois mois… et qui n’est jamais vraiment repartie. Comme beaucoup ici, elle découvre que le temps au Yukon ne suit pas les mêmes règles, et qu’un détour peut suffire à changer une trajectoire. Aujourd’hui en communication et relations communautaires, elle contribue à faire rayonner la francophonie dans un territoire vaste, dispersé, mais profondément vivant. Son rôle est essentiel : créer du lien, raconter, connecter les gens entre eux, et faire en sorte que la voix des francophones du Nord reste bien présente, même à des milliers de kilomètres des grands centres.

Et quand on recule un peu pour regarder l’ensemble, quelque chose devient évident. Toutes ces femmes ont choisi le Yukon… et le Yukon les a transformées en retour. Ici, rien n’est superficiel. On s’ancre, on apprend, on s’adapte. Et surtout, on finit par faire partie du paysage.

Décharge : J’ai été accueillie à titre gracieux par l’Association franco-yukonnaise. Les textes présentés n’ont fait l’objet d’aucune révision de leur part. Les opinions exprimées et les écrits publiés relèvent exclusivement de ma responsabilité et n’engagent que moi.

Publié le 18 avril 2026
Review Your Cart
0
Ajouter un code promo
Sous-total

 

Inscris-toi pour recevoir les nouvelles recettes par courriel !