Par Nancy Bordeleau
Ça faisait un bon moment que je traînais cette envie-là de participer à un Pow-wow. Je ne savais pas trop pourquoi au début. Peut-être par curiosité. Peut-être parce que ma mère nous a toujours dit à mes frères et moi que mon père que je n’ai pas vraiment connu était métis. Comme si j’avais besoin de trouver le morceau de casse-tête manquant. Peut-être parce que j’ai toujours un sentiment viscéral de lien avec la nature, avec la terre et que je le retrouve dans la culture autochtone. Tu sais, ce genre de truc qui te prend dans le ventre sans trop que tu comprennes pourquoi.
Bref, cet été, j’ai décidé de participer à l’un de ces grands rassemblements grâce aux précieux conseils de Tourisme autochtone Québec. J’ai mis ça dans mon horaire entre deux tournées en région. J’ai pris la direction de Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, pour mon tout premier Pow-wow organisé par la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk.

Et là, laisse-moi te dire que je ne savais pas pantoute à quoi m’attendre. En arrivant, j’ai fait ce que n’importe qui de légèrement anxieux ferait : j’ai posé 1000 questions aux gens présents à la boutique Matuweskewin, située à quelques minutes du site du Pow-wow. Comment ça se passe ? Que dois-je faire ou ne pas faire ? Est-ce que j’ai le droit de prendre des photos ? Des vidéos ? Quelles sont les règles à suivre ? Ils ont répondu à toutes mes questions avec la plus grande patience du monde. Que voulez-vous, je voulais juste bien faire. Respecter les gens. Et en même temps, en apprendre plus. Puis surtout ne pas poser de gestes maladroits. Ce serait mon pire cauchemar que de blesser quelqu’un avec des mots ou des gestes innapropriés. Bref, je préférais être renseignée au maximum avant de mettre les pieds sur les lieux.

Après avoir rempli ma petite boîte à outils d’humain sensible aux autres, je me suis dirigée vers le site du Pow-wow. Comme je suis arrivée légèrement en retard, le site était déjà plein à craquer. Des gens de toutes les origines, de tous les âges. Y’avait du monde en masse. Et tout le monde semblait là pour la même chose : vivre quelque chose de vrai. Je me suis donc faufilée dans la foule en espérant trouver un petit endroit qui me permettrait de ne rien manquer.
Quand la cérémonie d’ouverture a commencé, ils ont demandé à tout le monde de ranger leurs cellulaires. Pas de photos, pas de vidéos*. C’est très important. Pourquoi ? Parce que c’est un moment qui se vit. Pas un moment qu’on consomme pour TikTok. Un moment de présence. J’ai donc rangé mon téléphone (ce qui est un exploit en soi), je me suis grimpée sur une grosse roche en faisant dos au fleuve pour mieux voir, puis là…
*les photos et les vidéos sont permises à certains moments, écoutez bien les consignes que l’animateur donnera. C’est important. En cas de doute, abstenez-vous.

BOOM.
Les tambours se sont mis à résonner. Les voix des chanteurs ont pris toute la place. Ce n’était pas juste beau, c’était puissant. Comme une vague sonore qui vient te chercher dans le plus profond de toi. Je regardais partout et j’étais fascinée par tout ce qui se passait en avant, en arrière, sur le côté, dans l’air, dans les vibrations du sol. Mon regard ne cessait de bouger comme s’il ne voulait rien manquer. À un moment donné, j’ai même cessé d’essayer de suivre tout ce qui se passait autour de moi comme un enfant qui ne comprend pas ce qui l’entoure. J’ai juste fermé les yeux et j’ai … ressenti. Pis là, bien j’ai pleuré.
Pas une petite jolie larme là. Non, non. Un bon gros sanglot, à la Titanic quand Jack coule dans l’océan. Je ne sais pas trop ce qui s’est passé, mais j’ai juste… craqué. Comme si quelque chose s’était ouvert en dedans. Pis ce moment-là, il m’a marquée.

Il m’a marqué parce que comme dans un film, il y a une dame d’un certain âge qui est venue doucement poser sa main dans mon dos. Je l’ai regardé avec tendresse. J’ai enfilé mes lunettes fumées pour me cacher. Elle a souri. On ne se connaissait pas, mais elle m’a apaisée en une seconde. Je n’ai jamais su son nom, mais elle a été comme un petit ange, une mamie pleine de tendresse dans un moment de grande vulnérabilité. Je me suis calmée après quelques minutes de tourments et je me suis permis de me laisser imprégner de ce qui se passait devant moi.
Le reste de la journée s’est déroulée dans la magie, avec des danses magnifiques, des chants remplis d’émotion, et même une remise de plume d’aigle, un moment hyper symbolique que je ne comprenais pas complètement, mais qui m’a quand même fait monter les larmes aux yeux… encore. (C’est la proximité du fleuve, OK ? Le fleuve rend tout plus intense.)

J’ai jasé avec du monde, j’ai observé, j’ai appris. Pis j’ai aussi été un peu fâchée. J’ai vu des comportements qui m’ont choqué. Comme ce couple qui est allé dire à un danseur : « J’aime ton costume d’Indien, je peux prendre un selfie ? » Non. Non, non, non. Je fulminais. Madame, Monsieur, ce n’est pas un costume : c’est un habit traditionnel. Et non, on ne dit plus “Indien” et ce, depuis des lunes. On est en 2025, gang. Come on. On devrait collectivement savoir ça. Et même si j’admire le fait que les gens se déplacent pour s’ouvrir sur l’autre, je pense qu’on doit faire mieux que ça. Un Pow-wow, ce n’est pas un spectacle, c’est une cérémonie, un rassemblement, un événement culturel important.
Ce n’est pas compliqué : quand tu participes, tu fais un minimum tes devoirs. Lis un peu, informe-toi, pis surtout… approche le tout avec humilité et respect. Parce que tu n’es pas au zoo. Tu es invité dans quelque chose de sacré, de vrai, de profond. Même si gênant à faire (quoi que non), fais comme moi, poses des questions en arrivant. Des questions polies et bienveillantes. Ça t’évitera de faire des bourdes. Bref, tu comprends ce que je veux dire. Malgré ces anicroches, je peux t’affirmer que 99,9% des gens que j’y ai croisés étaient bienveillants et heureux d’y être.

J’ai tout de même terminé ma journée un peu mêlée, émotionnellement parlant. Je suis donc allée me poser non loin de là, sur la plateforme d’observation des bélugas. Tu sais, histoire de respirer un peu, de faire sécher mes joues et d’absorber ce qui venait d’arriver. J’ai jasé avec Andrew Germain de Tourisme Autochtone Québec à qui j’ai raconté mon expérience. Il m’a dit une phrase qui est restée accrochée à mon cœur :
« Nancy, la cérémonie d’ouverture, c’est une cérémonie de guérison. Si ça t’a touchée autant, c’est peut-être parce que c’était le moment dans ta vie de penser à toi. »

Je vous jure que ça m’a brassée, dans le bon sens. Il y a quelque chose de fantastique à vivre dans ce genre de célébration pour quiconque s’ouvre sur le monde et les différentes cultures. Je ne peux pas dire que j’ai tout compris de la signification de chacun des gestes, des danses et des chants. Ce serait de vous mentir que de dire le contraire. Mais je me promets d’y retourner et de continuer à connecter avec la culture autochtone que je trouve si belle et vivante afin d’approfondir mes connaissances sur le sujet. Cette journée-là, j’ai goûté à quelque chose de beaucoup plus grand que moi et j’ai encore plus faim aujourd’hui. Faim d’en savoir plus, de m’ouvrir encore et encore.

Alors si tu n’as jamais mis les pieds dans un Pow-wow, je te le dis : vas-y. Pas pour “voir du folklore”. Pas pour prendre des photos. Pour vivre une expérience humaine, profonde, bouleversante. Et vas-y avec ton cœur ouvert. Avec du respect plein les poches. Les communautés autochtones sont d’une générosité hors de ce monde. Parce que c’est beau. C’est grand. C’est touchant. Pis c’est quelque chose que tu n’oublieras jamais. Je disais donc que je ne savais pas au début pourquoi j’avais tant envie de participer à un Pow-wow. Je peux dire maintenant qu’avec le recul, mon âme et mon coeur en avaient vraiment de besoin.
Pour en apprendre plus sur la culture autochtone et les événements/activités à faire, c’est ici : Tourisme autochtone

Si vous avez envie de tester la cuisine du chef Maxime Lizotte au Maqahamok, pub wolastoqey et restaurant autochtone lors de votre passage à Cacouna, je vous en parle ici : Se remplir le bedon et les poumons dans le Bas-Saint-Laurent









