Trigo Food + Drink : Une table inattendue au coeur de la Saskatchewan

Tourisme

Saskatchewan Trigo voyage restaurant travel Cinq Fourchettes Laflèche

À Lafleche, un village d’à peine 373 habitants, en Saskatchewan, l’expérience commence avant même de s’asseoir à table. Imaginez la scène : un gros autobus de médias qui débarque en plein cœur des Prairies. Disons que ça ne passe pas inaperçu. Les regards se tournent, les rideaux bougent un peu… et à travers la grande baie vitrée de la pharmacie voisine, on aperçoit même quelques petits yeux curieux qui observent la scène.

C’est dans ce décor qu’on découvre Trigo Food + Drink. Un bâtiment simple, discret, presque effacé. Et à l’intérieur, la sobriété continue, presque un peu brute, sans mise en scène particulière. Mais dès que les assiettes arrivent, tout bascule : c’est là que le vrai « wow » opère, dans une cuisine qui surprend, raconte et impressionne bien plus que le décor.

Ce qui frappe d’abord chez Trigo, c’est son concept. Ici, on ne s’installe pas dans une routine culinaire. Le restaurant se transforme complètement deux fois par année alors qu’une nouvelle destination est mise à l’honneur. Tout change : menu, inspirations, ambiance.

Et il faut le dire : il y a quelque chose de profondément courageux dans cette démarche. Développer un menu est déjà un exercice extrêmement exigeant. Le maîtriser en cuisine demande encore plus de rigueur. Mais le transformer entièrement deux fois par année relève presque de l’exploit, certains diraient même d’une forme de folie assumée. C’est une prise de risque constante, créative et logistique, qui exige une discipline et une passion hors du commun. Et pourtant, ici, cette « folie » devient une méthode de travail, presque une signature.

Lors de notre passage, c’est la Géorgie qui était à l’honneur. Et clairement, on ne parlait pas ici de quelqu’un qui improvisait des saveurs. On a goûté à des khinkali, ces fameux dumplings bien juteux qu’on mange presque avec cérémonie, attention à ne rien perdre du bouillon à l’intérieur ou de se l’échapper sur le chandail. Je parlerais peut-être en connaissance de cause.

Il y avait aussi une sorte de « pizza géorgienne », le khachapuri adjaruli, qui volait facilement la vedette. Imagine une pâte en forme de petit bateau, remplie de fromage fondant, avec un jaune d’œuf et une noix de beurre déposés au centre à la sortie du four.

Le tout est mélangé directement à table, créant une texture riche, chaude et complètement réconfortante. C’est simple : ça disparaît vite. J’ai partagé le dernier morceau avec un collègue, tous deux le regardant avec envie depuis un petit bout, se demandant si c’était ok de prendre un deuxième morceau.

Des brochettes de porc grillées parfaitement assaisonnées, des rouleaux d’aubergines délicats, sans oublier des accompagnements remplis d’herbes fraîches et de saveurs franches qui sortent un peu de nos repères habituels. Et pour compléter l’expérience, des vins géorgiens importés spécialement pour l’occasion. Oui, oui, jusque-là.

Chaque plat arrivait avec son lot d’explications, ce qui rendait l’expérience encore plus immersive. On ne faisait pas que manger, on voyageait un peu, avec en face de nous une tablette sur laquelle on pouvait consulter une foule d’informations pertinentes sur la destination : ingrédients, traditions culinaires, contexte culturel et petites anecdotes qui donnaient encore plus de sens à ce qu’on avait dans l’assiette. Une façon moderne et intelligente de prolonger l’expérience, en nous permettant de mieux comprendre ce qu’on dégustait, presque comme si le voyage continuait au-delà de la table.

 

Une parenthèse dehors

Entre deux services à table, on prend un moment pour souffler. Après quelques services, l’intensité du repas laisse place à une courte pause bien méritée. On décide de sortir quelques instants, comme une respiration entre deux chapitres du repas. L’air est calme, presque suspendu. Lafleche est tout petit, mais le décor, lui, est immense. Le village longe la voie ferrée, et lorsqu’on lève les yeux vers l’horizon, le ciel des Prairies s’étire sans fin.

C’est le genre de moment où il est bien avisé de sortir dehors lorsque le soleil commence à se coucher. Pour nous, c’était une coïncidence puisque je devais sortir pour calmer un fou rire qui durait depuis déjà trop longtemps et qui commençait à me rendre mal à l’aise face à mes collègues. Les couleurs se transformaient doucement sous mes yeux, le paysage prenais une dimension presque irréelle. Cette petite pause improvisée m’a fait un bien fou et j’étais prête à continuer mon voyage culinaire.

Retour à l’intérieur, après s’être dégourdi les jambes et s’être rempli la tête d’images à faire rêver, on a fini ce festin où chaque plat est un pur délice et où la convivialité rend l’expérience unique. Des plats qu’on n’a pas toujours l’habitude de déguster et qui nous ouvrent sur le monde. D’ailleurs, il est bon de savoir qu’en 2026, la saison a débuté avec une cuisine taïwanaise. Et si je me fie à mon expérience, ce sera bien plus qu’un simple clin d’œil : on parle d’une véritable immersion.

J’ai d’ailleurs vu quelques publications de ses voyages, puisqu’il se rend lui-même sur place afin de s’immerger dans la culture et de développer un menu le plus près possible de la réalité. Et en tant que foodie, je peux confirmer qu’il n’y a pas meilleure méthode pour rendre justice à une cuisine. Cette démarche se ressent directement dans l’assiette : rien n’est laissé au hasard, chaque détail semble venir d’une compréhension profonde du pays et de ses traditions culinaires.

Beau, bon et surtout pas cher

Le menu dégustation est offert à 85 $ par personne, ce qui, considérant le niveau de recherche et de précision, est franchement impressionnant. Adam le dit lui-même avec beaucoup d’humilité : à ce prix-là, et avec tout ce que ça implique en importation et en préparation, il lui arrive d’y laisser quelques dollars. Mais pour lui, l’expérience, l’apprentissage et le plaisir de faire découvrir ces cuisines valent largement le coup.

Un parcours hors du commun

Avant de bâtir cette destination gourmande, Adam Henwood menait une vie complètement différente. Pendant 17 ans, il a pratiqué le droit en Alberta, spécialisé en droit de la famille et de la protection de l’enfance. Un métier exigeant, chargé émotionnellement, qui l’a amené à revoir ses priorités.

Puis, changement de cap, c’est à Lafleche qu’il s’arrête. Il décide alors d’acheter le bâtiment qui deviendra Trigo. Pas de grande école culinaire ici. Adam est autodidacte. Il apprend en analysant, en testant, en décortiquant chaque recette, comme plusieurs grands chefs le font.

Derrière l’expérience, il y a une organisation impressionnante. Changer de cuisine deux fois par année signifie former l’équipe en continu, apprendre de nouvelles techniques, comprendre des traditions culinaires parfois très éloignées de la réalité de la Sasktachewan. Ça prends du support et des gens qui embarquent dans la folie et le défi. Ce n’est pas fait pour les faibles. Et l’approvisionnement n’est pas plus simple. Beaucoup d’ingrédients sont difficiles à trouver, voire inexistants localement. Même chose pour certains alcools importés spécialement pour accompagner les menus. Mais cette rigueur, ce souci d’authenticité, c’est exactement ce qui distingue Trigo et son chef-proprio. On reconnait là la rigueur d’un ancien avocat. 

Bref, chaque passage est différent. Chaque menu raconte une nouvelle histoire. Ce n’est pas un endroit qu’on visite une seule fois. C’est une expérience qui donne envie de revenir encore et encore. Comme quoi la créativité est toujours mère de succès. Changer les concepts, oser même si c’est difficile et risqué financièrement, c’est un pari gagnant dans le cas de Trigo. À mettre dans votre liste d’endroit à visiter. 

 

Décharge : J’ai été reçu gracieusement par Tourism Saskachewan. Cependant, ce texte n’a pas été révisé ou modifié par la destination. Les opinions sont les miennes et n’appartiennent qu’à moi.

Publié le 10 avril 2026
Review Your Cart
0
Ajouter un code promo
Sous-total

 

Inscris-toi pour recevoir les nouvelles recettes par courriel !