« Maman fourchettes, tu fais quoi pour souper ce soir? »

Ça, c’est ma collègue qui espère que la blogueuse bouffe que je suis lui sorte une recette miracle à faire pour le souper de sa « Terrible four » qui sera prête super vite en étant nutritive et à bas coût.

Parenthèse. C’est ça qui se passe quand un moment donné, tu as l’idée de te partir un blogue. Les gens s’imaginent tous que je suis la copie de Ricardo devant mes fourneaux, mais surtout que mes enfants mangent 5 étoiles tous les soirs. Fin de la parenthèse.

Bref, j’ai comme le feeling que la carrière de mère de ma collègue repose littéralement entre mes mains. Que si je ne trouve pas une solution à son souper familial, elle va abandonner son boulot de cuisinière familiale et sacrer son camp en Papouasie.

Moi : « Hum.. Euh… Ben…»

Je ne sais tellement pas comment lui avouer la chose. C’est sûr qu’elle pense que mes kids auront un baluchon de foie gras en entrée pis que, présentement, il y a un fond d’homard qui mitonne dans mon Creuset avec lequel je ferai une bisque à se jeter par terre. C’est certain qu’elle s’imagine qu’il y a des steaks de Kobe qui marinent dans le frigo que je servirai avec des pommes de terre duchesse. Je vous laisse rêver de mon dessert: un fondant au chocolat noir arrosé de caramel à la fleur de sel.

C’est certain que rien de tout ça n’a été acheté tout fait : j’ai, bien sûr, préparé le tout avec mes blanches mains et acheté mes ingrédients chez des producteurs locaux qui ne font que du bio. À quoi bon manger des trucs qui sont produits à plus de 100 km de la maison?

Tout ça pour un soir de semaine, entre des tables de multiplication que mon petit a à apprendre par coeur et la brassée de serviettes qu’il y a à plier. Après cette journée de fou au bureau. Quand mes yeux peinent à rester ouverts jusqu’à 20 h pis qu’Unité 9 recommence à la tv.

« Comment je te dirais ben ça … »

Comment lui avouer que c’est probablement un repas congelé, un grilled cheese ou même un oeuf (avec un peu de sel et poivre quand même) avec une toast qui va probablement se terminer dans les assiettes de mes rejetons? Me jugera-t-elle? Pensera-t-elle que je suis une mauvaise mère d’offrir de la telle nourriture aux enfants qui sont supposés manger 10 portions de fruits et légumes par jour?

Vous auriez dû lui voir la face quand, armée de tout mon courage, je lui ai raconté comment j’entrevoyais le souper du jour. Ses yeux sont devenus tellement grands que j’ai eu peur qu’ils explosent! Elle est comme tombée assise ben carré sur mon bureau. Je pense qu’elle était en état de choc. J’ai essayé de me rappeler les manœuvres de réanimation apprises dans un cours de secourisme en milieu de travail au cas où elle ne reviendrait pas parmi nous.

Je lui ai rappelé que nos mères n’avait tellement aucune honte à nous faire manger des céréales pour souper. Des fois même, il y a avait des crêpes pis on capotait sur le spaghetti-soupe aux tomates. Et comme moi, tu as aussi mangé de la baloney! On repassera pour le Guide Alimentaire Canadien hein…

Est-ce qu’on est morte? Est-ce qu’on est obèse aujourd’hui? Est-ce que nos comportements alimentaires sont dysfonctionnels aujourd’hui? Est-ce qu’on a une carence en fer ou en vitamine A parce qu’un soir de temps en temps, nos mères skippaient leur job de chef et boudaient les fourneaux?

« La réponse c’est non. »

Déculpabilisons un brin. Oui à la saine alimentation, mais surtout oui à l’équilibre mental.

J’ai continué mon laïus. « Nos enfants ont bien mangé aujourd’hui. Les miens, en tout cas. Leur déjeuner était parfait et je leur ai fait un super lunch bourré de légumes. Ils n’ont pas mangé de sucre raffiné, ni de gras trans de la journée faque si je leur fais un grilled cheese pis que je relaxe en buvant un chardonnay bien froid, ne compte pas sur moi pour me sentir mal. No way! »

Faque vous aurez compris que son rejeton a mangé, elle aussi, un grilled cheese pendant qu’elle me rendait hommage en portant un gin tonic à ma santé!

Et vous, rushez-vous avec les repas de vos enfants? Êtes-vous capables de lâcher prise un peu?