Je vais vous le dire tout de suite : quand on m’a proposé un itinéraire de Regina à Saskatoon, je n’ai pas commencé par regarder les musées. J’ai regardé les restaurants. On a tous nos priorités et les miennes passent souvent par la bouffe. Sorry not sorry. Mais ce qui est intéressant avec la Saskatchewan, c’est qu’elle a réussi assez rapidement à me faire comprendre que je vais devoir partager mon attention.

Parce qu’entre deux repas, il y a énormément de choses à voir, à apprendre et à découvrir. Et finalement, c’est peut-être ça que j’aime le plus dans ce genre de voyage : partir avec une idée assez précise de ce que je vais trouver et me faire surprendre par tout ce qui se met sur mon chemin. Parce que… qui sait ce qu’un détour, une recommandation d’un passant ou encore une activité impromptue peuvent vous apporter, surtout lorsqu’il s’agit d’un road trip ?

Et c’est parti !
Je commence à Regina au Royal Saskatchewan Museum. Fondé en 1906, c’est le premier musée de la province. À l’époque, la Saskatchewan venait tout juste de devenir une province. Le musée a donc pratiquement grandi avec elle et raconte une histoire qui commence bien avant l’arrivée des humains et de sa fondation.
Ça commence avec les dinosaures. Oui, les dinosaures. Devant le grand squelette de T. rex, je suis assez impressionnée. Je dois l’avouer, j’étais excitée comme un enfant devant un cadeau de Noël. Ayant grandit avec les images de Jurassic Park, voir un vrai dinosaure pas en chair mais en os devant moi, c’est quelque chose. Bon, jusqu’à ce que j’apprenne que celui présenté au public est une reproduction.

Le véritable Scotty, lui, est conservé précieusement afin de permettre les recherches, les analyses et la conservation du spécimen. Et je trouve ça plutôt rassurant quand j’y pense. On ne laisse pas une vedette préhistorique de cet ampleur traîner dans une vitrine juste pour faire joli. Le vrai T. rex est traité avec tout le sérieux du monde et tout l’attention qu’il mérite, pendant que ses jumeaux (moulage) font les beaux devant les visiteurs des deux musées principaux qui en parlent.
Impressionnant tout de même de savoir que Scotty a été découvert en 1991 dans la vallée de la rivière Frenchman, près d’Eastend, et que son excavation a pris des années. Une grande partie du squelette a été dégagée à la main, morceau par morceau. Le spécimen est aujourd’hui considéré comme le T. rex le plus massif connu au monde. Ce n’est pas rien.

J’aime ce genre de musée d’histoire naturelle et ça me fascine toujours. Je dois par contre avouer que c’est fascinant de se retrouver devant quelque chose qui existait bien avant que l’humain décide d’inventer les réunions Zoom et les textos auxquels on doit répondre beaucoup trop rapidement. Et derrière ce que l’on voit dans une exposition, il y a tout un travail scientifique : fouilles, nettoyage, identification, conservation et recherche. C’est incroyable de penser que derrière la réplique du dinosaure qu’on vient admirer , il y a toute une aventure.

Après ça, évidemment, j’ai faim. J’aimerais dire une faim de loup mais pour la cause, je dirai une faim grande comme un dinosaure. Tum tum chi ! Direction Leopold’s Tavern, l’emplacement original de cette chaine maintenant installée dans plusieurs provinces canadiennes.

Situé à quelques minutes à pied du musée, vous y retrouverez un décor éclectique, une bouffe réconforante et une ambiance vraiment intéressante. J’ai adoré leurs frites, leur burger et les fameux cornichons panés.

Tout près de là, le splendide Hôtel Saskatchewan, m’attends. Cet établissement possède une vraie histoire et un charme indéniable. Construit par le Canadien Pacifique et ouvert en 1927, il faisait partie de cette grande tradition des hôtels ferroviaires canadiens.

À cette époque, ces hôtels étaient beaucoup plus que des endroits où dormir : ils représentaient le développement du pays, l’arrivée du chemin de fer et une certaine idée du luxe. L’Hotel Saskatchewan était à une certaine époque le plus grand et le plus luxueux hôtel de la province.

J’adore ce genre d’endroit parce qu’à chaque détour il y a un peu d’histoire et de vécu. Il vous suffit de parcourir un peu le lobby pour y retrouver des artéfacts de cette époque où le train était maitre des Prairies. Il y a tellement d’histoire dans ces lieux qu’on parle même de fantôme sur un des étages, le dernier pour être précise plus particulièrement la suite royale. Qui sera le courageux et la courageuse qui choisira cette étage ? Pas moi ! Ça c’est garanti. Je suis beaucoup trop peureuse. Poltergeist peut rester loin de moi sans problème.

Parlant de mystérieux
À 17 h, une activité mystérieuse nous attend dans le lounge. Je ne vais pas tout dévoiler, mais disons que l’apéro n’est pas complètement innocent. Appelé The Ritual disont qu’il implique du Whiskey et des histoires. Le reste sera à découvrir par vous même mais disons que c’était une façon assez agréable de commencer une soirée avant de passer à table au Burrow (qui veut dire terrier).

Chic comme à la belle époque
Le décor du restaurant est sombre, élégant et enveloppant, avec ses références aux années 1920, ses couleurs riches et ses accents dorés. Le lapin, qui a inspiré le nom du restaurant, représente cette fameuse persévérance des Prairies. J’aime beaucoup cette idée, parce que si vous avez déjà conduit longtemps dans les Prairies, vous comprenez rapidement que la persévérance fait partie du décor.

Des kilomètres de route, des paysages immenses et cette impression que l’horizon est parfois à 45 minutes de voiture alors que pas du tout. Ceci dit, pour le peu que j’ai vu, les Prairies représentent plus pour moi la plénitude donc y faire beaucoup de route est pour moi, du pur bonheur et beaucoup de contemplation.

Parlant de route
Le lendemain, je pars vers Lumsden. Trente minutes de route pour aller bruncher au Free Bird. Je sais, ça peut sembler un peu ridicule de conduire une demi-heure pour déjeuner. Mais ça vaut le détour . Le chef de Free Bird, JP Vive, propose une cuisine qui part de choses familières pour les travailler différemment comme l’indique son motto :”common food done uncommonly well”. C’est le genre de cuisine que j’aime : pas besoin de faire compliqué pour être intéressant. La shashuka était parfaite. Je l’aurais repris sans hésiter si j’y était retourné.
Lumsden elle-même mérite qu’on s’y attarde. La communauté est installée dans la vallée de la rivière Qu’Appelle, un paysage qui tranche avec l’image des grandes étendues plates que l’on associe souvent à la Saskatchewan. C’est justement ce que j’aime dans cet itinéraire : on pense savoir à quoi ressemble la province, puis le paysage vient nous remettre à notre place. N’hésitez pas à faire un tour à la boutique adjacente de Free Bird appelée The painted parasol. Une boutique cadeau comme on les aime.

On mange encore ?
Envie d’une activité culinaire ? Direction Schoolhaus Culinary Arts. On vous donne les ingrédients, le matériel, un tablier et des consignes. Le reste, c’est entre vos mains. Et je dois dire que j’aime beaucoup les cours de cuisine parce qu’ils me donnent toujours une petite illusion de compétence.

Bon, dans mon cas, l’illusion est un peu moins là parce que je suis chef dans la vie. Je sais déjà que je me débrouille bien. La vraie question, c’est plutôt combien de temps avant que je commence à vouloir réorganiser la cuisine ou que je commence à donner quelques petits cours individuels improvisés à des gens qui étaient disons moins habitués à manier le fouet ou à cuire un poisson comme il se doit. « Pas trop vite. Prends ton temps. Tu vois la coloration sur la poisson, c’est le temps de le retourner. »

Je m’entendais et je m’énervais moi-même. Petite Germaine va. Bref, je pensais être venue suivre un cours. Finalement, j’ai eu quelques élèves. Donc c’est un cours à conseiller pour les débutants ou les curieux et peut-être moins pour les plus habiles comme moi. Ça y est, je deviens un brin prétentieuse.
Assez avec la bouffe …
Le lendemain, on quitte Regina pour Moose Jaw. La ville s’est développée comme un important centre ferroviaire et agricole, mais c’est surtout son histoire souterraine qui lui a donné une partie de sa réputation de ville un peu… disons, moins sage qu’elle en a l’air.

Je commence au Moose Jaw Museum & Art Gallery, puis lunch au Yvette Moore Gallery Café. Encore une fois, je suis dans une galerie et je mange. Je commence à voir un thème. Ensuite, on part marcher sur Main Street pour découvrir les murales, les boutiques et quelques adresses qui donnent envie de ralentir.

Moose Jaw la rebelle
Et oui, j’ai visité les fameux tunnels de Moose Jaw, je ne pouvais pas manquer ça. On descend sous les rues de la ville et on plonge dans une histoire qui mélange immigration, travail clandestin, contrebande et légendes liées à la prohibition. Moose Jaw entretient notamment une célèbre association avec les histoires entourant Al Capone et la contrebande d’alcool vers les États-Unis. La ville elle-même joue aujourd’hui beaucoup avec cette réputation de « ville notoire ».
La visite est à la fois historique et théâtrale, et c’est justement ce qui la rend amusante. On ne fait pas que nous raconter l’histoire : on nous la fait vivre. Les personnages, les décors et l’ambiance donnent l’impression de faire un petit voyage dans une époque où il valait probablement mieux éviter de poser trop de questions. Je ressors de là avec l’impression d’avoir découvert le petit côté louche de Moose Jaw, et je dois dire que j’ai bien aimé.

De l’originalité dans chaque plat
Ensuite, on reprend la route vers Lafleche et Trigo Food + Drink. Le restaurant propose des menus dégustation inspirés de différentes cuisines du monde, avec plusieurs services, des boissons pensées pour accompagner les plats et des notes qui permettent de mieux comprendre ce qu’on mange. C’est le genre d’endroit qui me plaît énormément parce qu’on ne fait pas que manger : on voyage un peu. J’ai écrit à ce sujet juste ici : Trigo Food + Drink : Une table inattendue au coeur de la Saskatchewan

Retour en arrière avec Scotty
On reprend la route vers Eastend. Lunch chez Jack’s Cafe, puis visite du T. rex Discovery Centre. Et ici, on retrouve Scotty, mais cette fois dans son véritable environnement d’histoire paléontologique puisque c’est à Eastend qu’il a été découvert.

Sa découverte en 1991 est assez incroyable : Robert Gebhardt, participait à une sortie de prospection avec des paléontologues lorsqu’il a découvert la base d’une dent et une vertèbre de queue qui allaient mener à l’identification du T. rex. L’excavation complète a commencé en 1994 et s’est poursuivie pendant des années.
Fait rigolo : le nom Scotty vient d’une bouteille de whisky écossais ouverte pour célébrer la découverte. Un T. rex de 65 millions d’années baptisé avec du whisky ça enchante la foodie en moi. Je trouve ça assez parfait.

Après Scotty, direction Shaunavon pour souper au Harvest Eatery. Et c’est probablement l’une des adresses qui résume le mieux ce voyage pour moi. Un restaurant installé dans une petite communauté qui réussit à devenir une destination en soi, avec une cuisine qui rend hommage aux producteurs, aux agriculteurs, aux ranchers et aux artisans de la région.

Le chef Garrett ‘Rusty’ s’assure d’offrir à sa clientèle une expérience qu’ils ne sont pas près d’oublier. Les steaks y sont fabuleux les fourchettes, c’est un pur délice. Ce petit restaurant de 45 places de type farm to table est l’endroit à mettre sur votre liste lors de votre visite dans cette région.

Je termine ce voyage dans la grande ville. Saskatoon est vibrante et accueillante. Je n’y étais que pour une conférence, mais j’ai quand même eu le temps de loger dans ma chaîne d’hôtels préférée, au ALT plus précisément.
Situé au cœur de la ville et à deux pas de la rivière Saskatchewan, le ALT Saskatoon est l’endroit parfait pour se poser tout confort, comme Germain sait si bien le faire. La vue de ma chambre était incroyable et m’a donné envie de remettre les pieds à Saskatoon et de prendre le temps qu’il faut pour la découvrir comme il se doit.

En attendant, l’hôtel à lui seul en valait le coup. Confort, élégance et accueil toujours aussi sur la coche, comme à chaque fois que je suis allée dans l’un de leurs hôtels. Je n’ai pas testé personnellement leur restaurant, mais on m’a chuchoté à l’oreille que c’était franchement chouette.

C’est là que je réalise que mon voyage en Saskatchewan n’a finalement jamais été uniquement une affaire de nourriture. La nourriture m’a permis d’entrer quelque part, de m’asseoir, de rencontrer, d’écouter et de goûter à une région, au sens propre comme au figuré. Mais entre deux repas, j’ai aussi découvert une province remplie d’histoires, d’artistes, de petites communautés et de gens qui ont décidé de créer des choses vraiment intéressantes là où on ne les attend pas nécessairement.

Alors, pourquoi « Regina à Saskatoon par le bedon »? Parce que je reste fidèle à moi-même. Je peux partir pour voir un musée, m’émerveiller devant un T. rex, passer une heure dans une galerie d’art ou marcher dans une petite ville, mais à un moment donné, je vais quand même demander où on mange. C’est mon système de navigation personnel.
Et franchement, après ce voyage, je peux vous dire une chose : la Saskatchewan se découvre avec les yeux, la tête, les pieds… et un peu avec le bedon. Et ça tombe bien, parce que c’est exactement comme ça que j’aime voyager.

Autres attraits à voir absolument en Saskatchewan et qui sont sur ma liste de choses à faire la prochaine fois :
- Le parc national de Prince Albert pour le paysage, les troupeaux de bisons et les randonnées de canot.
- Observation d’oiseaux avec mon amie Jenn Smith Nelson avec la compagnie The Wild View. En apprendre plus sur les oiseaux et la photographie dans un cadre enchanteur, on dit oui.
- Prendre le temps de visiter la galerie d’art Remai Modern situé en face du ALT à Saskatoon
- Moi qui a peur des chevaux, j’aimerais expérimenter une randonnée et le Cypress Hills Ranch Vacations me parle beaucoup.
- Expérimenter en profondeur la ferme “Farm One Forty” pour une expérience plus complète de type “farm to table”.









