La suprenante île aux perroquets
Si on m’avait dit un jour que je ferais dodo sur une île au beau milieu du Saint-Laurent, une île qui ne fait que 100 mètres de large par 350 mètres de long, je ne l’aurais pas cru. Encore moins si on m’avait dit qu’enfin, je pourrais observer des macareux d’assez près pour avoir presque envie de leur serrer la pince. Parce que, quiconque me suit un tant soit peu le sait, le macareux est mon animal préféré. Je tente de les voir de proche depuis un bon bout déjà et, malgré mes tentatives à Terre-Neuve, ce fut toujours un échec cuisant.

Mais là, sur l’île aux Perroquets, dans la réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan de mon beau et grand Québec que j’adore, j’ai vécu un rêve. Celui d’observer et même de croquer sur le vif ce petit être beaucoup trop mignon. Le plus drôle dans cette histoire, c’est que je retournais toute penaude vers mon hébergement après les avoir observés de loin sur la berge. Le cœur un peu brisé, je dois l’avouer. Je n’avais pas eu la chance de les voir de près. Puis, juste avant de repartir sur mon petit chemin, j’ai vu quelque chose bouger sur la berge opposée. J’ai dit à Jay de venir me rejoindre parce qu’il y avait là une petite bande de rebelles qui n’avait visiblement aucune intention de se tenir avec la masse de l’autre rive.

Rencontre avec Victor le macareux
À mon arrivée, certains sont partis en se disant probablement : « Maudit, on pensait avoir la paix ici! » Mais il y en a un qui est resté. Appelons-le Victor. Victor est resté sur sa roche, posant pour nous comme une superstar. Comme s’il avait compris, en voyant mes yeux, que je n’étais pas un danger, mais plutôt une groupie complètement finie. Et là, après quelques belles poses dignes du magazine Vogue, il a ouvert ses ailes devant moi.

Les clics de ma caméra se sont faits allés et mon sourire en prenant les photos ne pouvait pas être plus grand. J’aurais quasiment aimé pouvoir voir mon propre visage à ce moment-là. Il devait être illuminé. Le cœur me débattait, l’excitation était à son comble. J’étais au summum du bonheur. Ce petit être ailé venait de m’aider à cocher un de mes rêves et, je vous le jure, Victor sera à jamais dans mon cœur. Ahhhhhhhh Victor ! Je t’aime !

Même si Victor a été le clou de mon séjour, il est loin d’être la seule raison de mettre le cap sur l’île. Parce que l’île aux Perroquets, c’est aussi un endroit extraordinaire pour décrocher. Et quand je dis décrocher, je parle de vraiment décrocher. Ici, le silence, la noirceur du soir, les matins brumeux et les couchers de soleil spectaculaires font partie du séjour.

Dès le départ
Et comme on doit s’y rendre par bateau, l’aventure commence avant même de mettre les pieds sur l’île naviguant à travers un brouillard épais comme si nous étions dans un film. Dès que ce dernier repart vers le large, quelque chose change. Le temps ralentit. Il devient presque abstrait, au rythme des vagues et de la brise de la mer.

On s’installe dans le petit pavillon de jardin le temps que notre chambre soit prête. On s’amuse à jouer à Jenga. On fait tourner un disque d’Elvis en souriant devant le décor qui s’étale devant nous. Tout porte à la détente. Même les hurlements des phoques sur l’île voisine le soir venu qui ressemblent étrangement à une meute de loups qui chante une berceuse pour aider les visiteurs à faire dodo.

Et pendant que tout ralentit autour de nous, le phare, lui, continue de faire son travail. Ses lumières, qui veillent sur l’île depuis 1888, tapent le tempo avec une régularité de métronome. Une lumière, puis une autre. Encore et encore. Comme si elles nous rappelaient qu’ici, il n’y a aucune raison de se presser.

Les lits confortables de la maison de l’assistant du gardien de phare font ensuite leur part pour nous convaincre de rester dans cette bulle. Cette maison, que l’on peut louer en entier avec ses trois chambres ou partager avec d’autres visiteurs, est franchement parfaite pour passer quelques jours en toute sérénité : feu de foyer, cuisine complète et surtout, une décoration apaisante et de très bon goût.

Une table bien garnie
Cela dit, aussi jolie soit-elle, cette cuisine n’a pas beaucoup servi pendant notre séjour. Pourquoi? Parce qu’à portée de main, nous avions Mélanie. Avec plus de trois décennies d’expérience en restauration, cette talentueuse chef est là pour offrir aux visiteurs une expérience gastronomique qui n’aurait rien à envier à certains des meilleurs restos montréalais. Les plats qu’elle nous a concoctés étaient tous plus fabuleux les uns que les autres. On sentait la passion, la minutie et surtout, le plaisir de bien faire les choses dans chaque bouchée.

Pour Jay et moi, c’était finalement le grand luxe : ne pas avoir à cuisiner. Enfin, surtout pour moi, parce que Jay et la cuisine, disons que ce n’est pas exactement une grande histoire d’amour. À part les ailes de poulet, je ne voudrais pas trop m’avancer sur l’étendue de ses talents culinaires! Alors quand une chef comme Mélanie prend les commandes, croyez-moi, personne ne s’en plaint.

Moi, j’aurais cuisiné, bien sûr mais je ne me suis pas fait prier pour laisser quelqu’un d’autre s’en occuper. C’est bon, parfois, de se faire dorloter un peu. De ne rien avoir à penser, à organiser ou à planifier. Juste être là. Ensemble. À découvrir ce petit bout du Québec, avec l’impression que le reste du monde pouvait très bien attendre.

La force d’une équipe
Et puisque les bons séjours reposent rarement sur un seul ingrédient, il y avait aussi Stéphanie, la maîtresse des lieux. Une petite boule d’énergie qui connaît l’histoire de l’île et qui est aux petits soins pour ses visiteurs. Elle a cette façon de rendre les choses simples et agréables, tout en nous donnant l’impression d’être entre bonnes mains. Pour moi, avoir sur place deux femmes aussi talentueuses, qui mettent leur énergie, leur créativité et leur cœur au service de l’île tout l’été, c’est précieux. Elles étaient fabuleuses. Et à elles deux, elles montrent à quel point une femme, c’est fort, c’est créatif, c’est accueillant et c’est capable de faire vivre un endroit avec énormément de cœur.

Mais il n’y avait pas que la beauté des lieux et les gens qui y travaillent qui rendaient l’expérience particulière. Il y avait aussi les histoires. Du départ avec la famille Loiselle ( bonjour Suzie!) jusqu’à notre arrivée et notre séjour sur l’île, tout fut unique. J’ai même eu la chance de m’entretenir un petit moment avec Jean-Marc Collin, de Parcs Canada, qui est surtout le fils du dernier gardien de phare de l’île. Un homme qui a grandi ici, sur ce terrain de jeu comme il en existe peu.

L’écouter raconter ses souvenirs et ses anecdotes, parfois incroyables, parfois complètement farfelues, était fascinant. Parce qu’il y a des histoires qu’on ne peut raconter que lorsqu’on a grandi sur les lieux. Et ça ajoute une autre dimension à l’endroit. On ne visite plus seulement une île, un phare ou un site historique. On entre un peu dans son histoire et dans celle de Jean-Marc.

Il est évidemment possible de visiter l’île pendant la journée. Mais y rester change complètement l’expérience. Le soir, aucun bateau ne vient. Vous et les quelques personnes qui dorment sur place devenez, pour quelques heures, les maîtres des lieux. Lors de notre visite, Jay et moi étions les seuls visiteurs à dormir sur l’île. Bon, Mélanie et Stéphanie étaient évidemment là, mais on avait quand même cette drôle et merveilleuse impression que l’île était à nous.

Et ça, les fourchettes, ça ne s’achète pas. Ça se vit. Laissez-vous tenter. Personnellement, j’y retournerais pour y faire une retraite d’écriture demain matin si je le pouvais. Parce que cette île a quelque chose de rare. Quelque chose qui fait ralentir, regarder autour, écouter. Quelque chose qui laisse de la place dans la tête. Et parfois, c’est plus que nécessaire.

Pendant mon aventure sur cette île, Victor a fait bien plus que poser pour moi. Mélanie a fait bien plus que cuisiner. Stéphanie a été bien plus qu’une formidable hôtesse. Jean-Marc a été bien plus qu’un excellent raconteur d’histoires et la famille Loiselle a été bien plus que des opérateurs de bateau. Tous m’ont offert de merveilleux souvenirs que je garderai précieusement très longtemps. Cette aventure restera, pour moi, l’une des plus belles expériences que j’ai vécues de toute ma vie.

- Pour réserver votre séjour : Auberge de l’île aux Perroquets
- Pour réserver une expédition : Famille Loiselle
- Pour en apprendre plus sur la Réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan et l’île aux perroquets : Parcs Canada
- Pour en apprendre plus sur la région : Tourisme Côte-Nord
- Pour lire sur mes autres aventures dans la région : La Côte-Nord entre Tadoussac et Sept-Îles : itinéraire nature, aventure et nuits inoubliables

Pour lire le reste de notre aventure, rendez-vous sur Modern Traveller (en anglais) : 6 Reasons to Cherish Côte-Nord, Quebec









