Jeune, j’ai mangé des pâtes blanches plus souvent que des filets mignons. Ma mère faisait vraiment ce qu’elle pouvait ! Elle aussi avait eu une vie en dents de scie. Elle avait été conçue dans « le péché » d’une relation extraconjugale et très clichée d’une femme séparée et de son laitier. La pauvre femme monoparentale n’arrivant pas à s’occuper d’elle, a fait ce que la majorité des femmes faisaient à l’époque dans ce genre de situation, elle est allée remettre son p’tit poupon aux bons soins des religieuses.

Son destin allait prendre un autre chemin. Elle allait avoir la chance de grandir au sein d’une famille très aisée et cultivée. C’est ce qui l’a probablement sauvé. Elle en a fait son cheval de bataille. Aider les femmes en difficulté à émerger. Ma mère est devenue activiste et socialement impliquée. Elle a eu trois enfants. Elle allait malheureusement quitter le père de ses enfants et ne jamais le revoir.

Elle nous a élevés seule avec tout son courage et sa force. Comme la majorité des femmes monoparentales, elle est vite tombée dans une situation financière précaire. J’ai donc grandi dans une famille pauvre, mais riche en valeurs et en détermination.

J’ai une vie en dent de scie comme la plupart des gens. Rien de différent, de plus triste ou plus joyeux. C’est probablement ce qui fait de moi la fille la plus reconnaissante du monde. Je me suis toujours dit que si un bout de femme de 100 livres mouillés avait pu nous élever seule, tout en nous inculquant des valeurs et en s’assurant que l’on ne manque de rien, la vie allait bien se dérouler pour moi. Aussi bien en retirer du positif et être reconnaissante pour ce que j’avais eu !  

Plus de chance que ma mère 

Chanceuse comme je suis, j’ai, à 20 ans, rencontré l’homme qui allait être un compagnon de vie et le père de mes enfants. Il était brillant, déterminé et avait une bonne job. On a voulu des enfants rapidement. On fonçait dans la vie comme des taureaux sur des matadors.

J’avais aussi une belle job, stimulante et payante. On s’en tirait bien, mais courir la gardo et le centre-ville tous les jours est devenu vite un casse-tête et un irritant dans nos vies de jeunes parents dans la 20e. La décision s’est prise naturellement. J’ai rapidement quitté mon emploi pour m’occuper de mes amours de vie. J’étais fière et heureuse de ce choix et JAMAIS je ne le regretterai. Même si sur un exercice financier régulier, je ne fournissais que dalle au budget familial, je savais que mon travail de maman à la maison valait de l’or. Je savais aussi que j’avais ce beau privilège de vivre des moments avec mes enfants qui ne reviendraient jamais !

J’avais aussi la fierté d’avoir allongé quelques liasses (beaucoup en fait) au cours des années. Argent reçu d’un généreux héritage des parents adoptifs de ma mère. Ce qui préservait un peu mon orgueil. À cette époque, j’étais fière de ça ! Tsé, c’était mon argent ! Je me sentais tellement hot ! Pourtant, je n’avais nullement contribué à gagner cet argent ! Je devais le tout à mon ADN et à un grand-papa entrepreneur qui avait bien réussi. Mais bon, on se console avec ce que l’on peut. J’avais été choyé à la loterie de la vie ce qui, avait été refusé à beaucoup de mes amies connues plus jeunes qui elles n’avaient non seulement pas un rond en poche, mais étaient tombés sur des conjoints douteux et, disons-le, assez crétins. Ce qui n’était pas mon cas.

Des pâtes et des crevettes !

La vie faisait son chemin, et elle a été bonne pour moi ! J’avais l’occasion de mettre des crevettes sur mes pâtes maintenant ! La classe ! Mais tout n’étant pas toujours rose. Elle allait nous offrir des challenges cette vie, et on est finalement retourné aux pâtes au beurre ! Mais on était « tough » et fiers. Pas question de se laisser abattre. Nos enfants étaient heureux, grandissaient bien et avaient un toit sur la tête ce qui était refusé à plusieurs. On avait des amis en or et des familles incroyables. On s’est battu très fort et on a presque gagné !   Malheureusement, notre couple n’a pas résisté aux intempéries qui nous ont frappés pendant plusieurs années. Après 19 ans de couple, la rupture est arrivée. On s’est perdue en chemin et j’avais besoin d’émancipation comme jamais dans ma vie. D’ailleurs, lui aussi, j’en suis certaine. Malgré tout, je suis encore choyée par la vie, notre séparation fut beaucoup moins tumultueuse que plusieurs personnes. Des histoires d’horreur, j’en ai entendu et je me réconforte dans le fait que nous nous respectons dans ce tournant de vie. Notre but conjoint, le bonheur des enfants. J’ai beaucoup de respect pour mon ex et je crois que c’est de même pour lui. Ça ne rend pas les choses faciles pour autant.

Même si j’étais habituée à la pauvreté, l’ayant vécue toute ma jeunesse, j’ai fait tout un saut quand je me suis retrouvée seule à payer mes comptes. Je pensais être indépendante, mais je me suis rapidement rendu compte que j’avais été un peu naïve en n’ayant pas de crédit à mon nom. J’ai fait le saut quand il est venu le moment de faire une demande de carte de crédit. Quand tu te fais dire «  Mais non. Madame, le crédit, c’est votre ex-conjoint qui l’avait, vous étiez cotitulaire certes, mais ça ne fait que deux ans que vous bénéficiez de la cote de crédit de la visa ». J’ai paniqué et pleuré ma vie ! Je suis pleurnicharde assez rapidement, mais c’est ma façon de laisser sortir le méchant. Bref, j’ai pleuré ! Beaucoup même ! J’avais peur ! J’étais terrorisée. Je venais de mettre la main sur ce blogue et je devais allonger des sous pour l’acheter. Je devenais monoparentale avec mes enfants à temps plein et je n’avais même pas la capacité d’avoir une carte de crédit ? Même mon fils de 18 ans y avait droit. J’étais sous le choc. Comment j’allais payer mes achats en ligne ? Comment j’allais finaliser l’achat du blogue ? C’était mon travail depuis 3 ans qui me permettrait de payer mes comptes ! Est-ce que j’allais perdre cette belle opportunité ? Qu’est-ce que j’allais faire sinon ? Mon CV était presque vide à part pour les dernières années où je tenais un studio de photo. Je capotais ma vie ! J’avais une petite marge de crédit. Je l’ai utilisée. Pour le reste, c’est une amie qui m’a allongé les sous ! C’est tellement courageux ! Prêter des sous à une amie en train de se divorcer, quel geste d’amitié ! J’avais encore des sauveurs autour de moi !

Petit bonhomme allant

Ça, c’était l’an passé ! J’ai remonté mes manches et j’ai travaillé très fort, parfois 65 heures par semaine tout en m’occupant de la marmaille, heureusement très indépendante. J’ai fait mon bout de chemin, tentant de rembourser tout ça le plus rapidement possible. J’ai d’abord payé mon prêt bancaire (sous les conseils de ma copine) et ensuite, je me suis mise à lui faire des paiements. Elle était extra cette amie, me laissant tout le temps nécessaire et ne me chargeant aucun intérêt. Mais je ressentais tout de même une pression constante, un sentiment bizarre dans mon ventre. Il y avait quelque chose de contradictoire avec mon émancipation. Je voulais me prouver que j’étais capable de tout, mais j’étais encore en train de me fier sur quelqu’un. Je suis rendue compte qu’à 41 ans, je n’avais jamais volé de mes propres ailes. J’étais toujours « encadrée » par ma mère, par mon mari ou aider par mes grands-parents et mes amis !

Je suis pourtant l’une de ses femmes très indépendantes et fières comme 10. Comment se fait-il que je me sois encore appuyé sur quelqu’un pour faire mon bout de chemin.  COMMENT se fait-il que j’aie encore les ailes collées sur le dos, bien repliée et incapable de s’ouvrir. J’y ai pensé, repensé et repensé encore ! J’en ai eu des ulcères d’estomac tellement tout ça me hantait. Suis-je alors ce genre de personne qui a toujours besoin des autres pour avancer ? Est-ce qu’un jour, je serai capable de quelque chose sans avoir besoin de qui que ce soit ? Non pas que je n’ai jamais contribué à rien, je le sais que mon apport à la santé financière de ma famille allait bien au-delà des billets verts. Pourtant, je n’arrivais pas à sentir une fierté individuelle à ce niveau. J’en ai des fiertés, à la tonne, mais celui d’être financièrement autonome n’en fait pas partie.

Déployer ses ailes !

J’ai donc, un lundi de mars, pris la décision de remplir ma marge auparavant vidée avec grande fierté pour rembourser ma copine. Je l’entendais déjà me sermonner et me dire de prendre mon temps ! C’était fou, j’entendais les McSween de ce monde me traiter de conne à distance. Mais pourquoi accepter de payer des intérêts à une banque alors que tu as un prêt sans intérêt ? Je le sais, du point de vue comptable, c’est imbécile. Mais un sentiment plus profond me poussait à m’envoler. Au-delà des chiffriers et des choix mathématiques, j’avais un besoin viscéral de déployer mes ailes. Ce que je n’avais jamais fait auparavant (sans vraiment m’en rendre compte). J’avais besoin de mettre les deux mains sur le volant et filer à toute allure.

Le discours n’est finalement pas venu ! Ma copine, elle me connait bien ! Ça sert à ça des années et des années d’amitié. Elle le sait que j’ai besoin de me reconstruire et de prendre le contrôle sur ma vie ! Elle sait pourquoi je le fais. Elle a compris que j’avais besoin de m’enlever cette pression tout en me prouvant à moi-même que j’en étais capable.

Merci à vous 

La vie de blogueur est assez insécurisante ! On connait souvent notre salaire au mois et on remet notre salaire entre les mains de clics, de j’aime et de partage. C’est tough. C’est sanglant. C’est difficile. Mais c’est passionnant et stimulant ! C’est se donner à 100 miles à l’heure dans son boulot et espérer que tout ira bien. Car je le sais, vous êtes là. Je le sais que vous me lisez et que je fais partie un peu de vos vies quand vous cuisinez mes recettes ou que vous vous reconnaissez dans mes péripéties. Même si Facebook est rough avec les entrepreneurs et qu’il faut user d’imagination pour se faire voir, j’ai la chance d’avoir des lecteurs assidus à qui je dois beaucoup ! Je le sais aussi que vous êtes quelques-uns à vivre de telles situations et qu’ensemble, on arrivera à s’envoler loin loin ! En ce matin de mars, je prends une grande respiration et je le sais que tout va bien se passer, car j’ai lu de belles histoires de réussite que vous me partagez très fréquemment. Je lis vos courriels et vos messages parfois en pleurant, parfois en riant et à certains moments avec ce goût d’aller vous faire un gros calin en vous disant que tout va bien aller. Je vous réponds dans l’espoir constant que je vous ai aider un peu dans ces moments difficiles que vous me partagez. La vie de parents c’est difficile et ensemble, on fait un beau team car vous ne le savez pas toujours, mais vous m’aider beaucoup aussi ! Quand vous me racontez vos histoires, je me sens aussi moins seule. Tout comme vous vous sentez parfois moins seul en lisant les miennes. Je le sais que vous êtes grands, que vous êtes forts et beaux !   Un jour, je le sais aussi que je serai grande ! En fait, vous savez quoi ? JE SUIS GRANDE ! Et vous ? Merci un million de fois de me suivre, vous avez beaucoup plus d’impact que vous ne le croyez ! Je vous « like » fort !